L’impuissance

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Note importante. Dans cet article, je développe l’émotion d’impuissance à travers le prisme du roman La tresse, écrit par Laetitia Colombani. J’y révèle certains éléments de l’intrigue pour mieux éclairer mon analyse. Si vous souhaitez découvrir l’histoire sans révélations, je vous conseille de lire l’article après avoir lu le livre ou de passer directement à la section « Le corps en échos », puis aux « Antidotes ».

Note. Laetitia Colombani a réalisé l’adaptation cinématographique de son roman.

« À l’école, Smita n’y a jamais mis les pieds. Ici à Badlapur, les gens comme elle n’y vont pas. Smita est une Dalit. Intouchable. […] Tous les matins, c’est le même rituel. […] C’est son darma, son devoir, sa place dans le monde. Un métier qui se transmet de mère en fille, depuis des générations. […] Ce que fait Smita, il n’y a pas de mot pour le décrire. Elle ramasse la merde des autres à mains nues, toute la journée. Elle avait six ans, l’âge de Lalita [sa fille] aujourd’hui, quand sa mère l’a amenée pour la première fois. »1

Ces première lignes du roman de Laetitia Colombani m’ont frappée en plein cœur. En tant que femme, en tant que mère, en tant que fille, j’ai ressenti une révolte immédiate. Une indignation face à l’injustice. Puis, cette émotion a laissé place à une autre, plus insidieuse… Oui, cette réalité indienne m’a bouleversée. Mais que pouvais-je y faire ? Cette question m’a confrontée à une émotion terriblement inconfortable, ce moment où l’on se sent réduit·e au silence, paralysé·e par l’ampleur de l’injustice. L’impuissance… Une impuissante désarmante.

Le personnage de Smita incarne cette émotion. Prisonnière d’un système de caste, son quotidien est une chaîne dont elle n’a pas la clé. Et pourtant, La tresse ne se résume pas à son désespoir. C’est aussi – et surtout – l’histoire de son refus. Le refus de voir sa fille Lalita suivre la même destinée. En puisant dans son amour de mère, Smita découvre en effet une puissance insoupçonnée. Pour sa fille, elle bravera l’inimaginable et réalisera ce qu’elle n’a jamais osé ne serait-ce qu’envisager pour elle-même.

Tandis que Smita s’élève, à des milliers de kilomètres, le personnage de Sarah voit son propre monde basculer. Brillante avocate « puissante et sûre d’elle », elle découvre qu’elle est gravement malade. Cette maladie ébranle tout ce qui faisait sa force : sa certitude, son contrôle, son invincibilité. Sarah réalise alors qu’elle…

« […] ne sera plus jamais invincible, plus jamais une super-héroïne. Elle sera elle, Sarah, une femme que la vie a malmenée, entamée, mais elle sera là, avec ses cicatrices, ses failles et ses blessures. Elle ne cherchera plus à les cacher. »2

Aux côtés de Smita et Sarah, Giulia, jeune Sicilienne confrontée à la faillite de l’entreprise familiale, incarne une autre forme d’impuissance, celle qui se nourrit du poids des traditions et de la peur de l’échec. Là où tout semble perdu, elle choisit de faire preuve de créativité et d’audace pour transformer cette impasse en un nouveau départ.

Ces trois trajectoires, aussi différentes soient-elles, se croisent dans un final inattendu que je vous laisse le soin de découvrir ou de relire… Ensemble, ces trois personnages tissent une réflexion puissante sur l’impuissance et la puissance, ces deux forces qui rythment nos existences. En filigrane, Laetitia Colombani nous interroge : où trouver la force, lorsque tout semble perdu ?

💓 Le corps en écho : ressentir l’impuissance

L’impuissance m’a traversée de nombreuses fois, mais heureusement, de nombreuses fois, l’écriture m’a permis de soulager ce poids. En posant mes mots, j’ai pu appréhender ce que je ressentais. Je vous confie un extrait de mon cahier d’écriture :

✍️ Je ne savais pas quoi faire. Un sentiment d’échec. De ne pas faire assez, de ne pas être assez. Encore maintenant, mon ventre est noué, j’ai l’impression d’étouffer. Mon cerveau mouline, mais rien n’en sort. Je ressens un mal-être viscéral. Je ne peux RIEN faire. Rien. Cette impuissance se transforme en panique dès que mes pensées s’emballent, comme des chevaux qui se cabrent.

Je tente de me reconcentrer sur mon corps, sur mes sensations physiques… Une tension extrême s’empare de moi, comme si j’étais scindée en deux : d’un côté, ma volonté de faire quelque chose d’utile ; de l’autre, mon incapacité totale à faire quoi que ce soit. Je suis tiraillée entre une petite voix intérieure qui me martèle de questions, me répétant que je dois absolument trouver une solution, et une autre voix qui me dit que je n’y peux rien, que je ne peux rien faire. RIEN.


✍️
Je sens mon énergie me quitter. Je suis incapable de bouger, incapable de parler, incapable de raisonner. C’est ça, l’impuissance : l’incapacité d’agir, de dire ou de penser quoi que ce soit. Un trou noir. Un gouffre sombre comme le néant, qui aspire toute mon énergie, physique et intellectuelle. Un tourbillon qui m’assaille et me dévore.

Je me sens vidée, épuisée, à la fois physiquement et émotionnellement. Je me sens comme une coquille vide, privée de la flamme qui faisait de moi un être vivant. Je n’ai plus d’espoir, car la réalité m’éclate au visage : JE NE PEUX RIEN FAIRE.

Je n’ai qu’une envie : me réfugier dans ma grotte, me pelotonner dans mon plaid tout doux, ne pas affronter cette réalité. Je ne peux pas, je ne peux plus… Je ressens une infinie impuissance.

Qu’y avait-il donc à faire ?

✨ Le message que livre l’impuissance

Une émotion désénergisante

Qui n’a jamais ressenti cette paralysie face aux pleurs désespérés d’un·e enfant, impuissant·e à le·la consoler ? Ou ce sentiment accablant devant la souffrance d’un·e proche, lorsqu’aucun mot ou geste ne semble suffire ? L’impuissance peut aussi s’immiscer dans notre quotidien, lorsqu’une fatigue accablante rend même les tâches les plus simples insurmontables. Elle émerge également face aux injustices, aux guerres, aux inégalités, là où tous nos efforts paraissent si dérisoires face à l’ampleur de la tâche à accomplir.

Combien de fois me suis-je retrouvée confrontée à l’impuissance, qu’il s’agisse dans le cas de la maladie de mon père, atteint d’un cancer du poumon en phase terminale, ou du chagrin ressentie par ma fille, bouleversée par des mots cruels reçus en plein cœur à l’école. Le silence qui suit ces moments semble tout engloutir.

L’impuissance, c’est ce vide où le désir d’agir se heurte à une réalité immuable. C’est une émotion désarmante, une force qui nous fige. On ne peut littéralement rien faire, rien dire, rien offrir à soi-même ou aux autres. On est vidé de son énergie, comme si notre corps, dans un ultime réflexe, cherchait à nous préserver, sachant qu’aucun effort ne pourrait suffire.

La métaphore du bateau qui sombre

« Le bateau est en train de couler, se dit Giulia. Tous sont à bord, elle-même, la mamma, ses sœurs, leurs employées. C’est le Costa Concordia, le capitaine est parti, la noyade est assurée. Il n’y a pas de canot, pas de bouée, rien à quoi se raccrocher. »3

Je trouve que cet extrait du roman incarne parfaitement cette émotion d’impuissance. L’image du Costa Concordia, où tout le monde est à bord, sans capitaine ni espoir de secours, représente ce sentiment de perdition totale. Ce tableau tragique illustre la nature accablante de l’impuissance : l’absence de contrôle sur le cours des événements et l’impossibilité d’agir.

🧴 Les antidotes à l’impuissance

Face à cette émotion paralysante, il existe des clés pour s’en dépêtrer… Je souhaite les partager avec vous ici…

Le premier pas : l’acceptation

Le philosophe Épictète, dans son Manuel écrit en grec ancien (Enchiridion, §1), résume un principe clé du stoïcisme :

Tῶν ὄντων τὰ μέν ἐστιν ἐφ’ ἡμῖν, τὰ δὲ οὐκ ἐφ’ ἡμῖν.

« Parmi les choses qui existent, les unes dépendent de nous, les autres n’en dépendent pas. »

Ce précepte nous rappelle que le bonheur et la sérénité reposent sur notre capacité à nous concentrer sur ce que nous pouvons contrôler : nos pensées, nos actions, nos choix. En revanche, vouloir changer ce qui échappe à notre pouvoir — les événements extérieurs, les réactions des autres ou les aléas de la vie — ne mène qu’à la frustration et à l’ impuissance.

Accepter que certaines choses ne dépendent pas de nous n’est pas une forme de résignation. C’est un acte de lucidité, une libération. Cela nous permet de recentrer notre énergie sur ce que nous pouvons réellement influencer.

La présence : être là, tout simplement

Face à certaines situations, il n’y a pas de solution immédiate. C’est alors que la présence prend toute sa valeur. Être là, pour soi ou pour l’autre, sans chercher à « réparer » ou résoudre, peut être suffisant.

Mon mari l’a merveilleusement exprimé lors d’un moment où je me sentais tellement impuissante face à un défi intense avec notre fille :

« Il faut surfer sa vague et l’accompagner. Elle a besoin d’une écoute active. Pas de solution… »

Cette image de la vague m’a particulièrement parlé : elle invite à accueillir les émotions telles qu’elles viennent, sans chercher à en contrôler le flot. Parfois, accompagner quelqu’un·e dans ses tempêtes intérieures, écouter avec attention et offrir un espace où déposer ce qui pèse, est le plus grand des soutiens.

L’échelle des émotions

Esther et Jerry Hicks, dans Le fabuleux pouvoir des émotions (2009), proposent une échelle des émotions qui peut nous aider à naviguer dans des situations difficiles. Selon eux, lorsqu’on ressent de l’impuissance, on se situe au bas de cette échelle. Il est irréaliste de passer directement de l’impuissance à la joie ; l’idée est plutôt de reconnaître que chaque émotion est un échelon à gravir, un pas vers le soulagement. Ce processus n’est pas immédiat, mais il permet d’identifier une progression.

Au bas de l’échelle se trouvent des émotions qui drainent l’énergie : le chagrin, la désespérance, l’impuissance, suivis par la culpabilité, la haine, la colère, l’inquiétude, et l’accablement. Petit à petit, on monte vers des émotions plus positives comme l’acceptation, l’espérance, la confiance, l’enthousiasme, jusqu’à atteindre la joie et l’amour.

Voici le dessin que mon fils a créé pour illustrer l’échelle des émotions. Tout en bas, l’impuissance, sombre et lourde, et tout en haut, la joie, éclatante et légère. Entre les deux, chaque barreau est un pas vers la lumière, une traversée vers des horizons plus sereins… Découvrez l’article et la vidéo dédiés en cliquant ici.

Dans La tresse, le personnage de Smita illustre bien cette ascension émotionnelle. D’abord emprisonnée dans l’impuissance, elle trouve la force d’espérer pour sa fille :

« Elle sait qu’elle doit vider vingt maison, chaque jour, pas de temps à perdre. […] Elle n’est pas seulement intouchable, elle doit être invisible. […] » 4

« Serrée contre le corps de sa fille meurtrie et humiliée, elle redevient une enfant comme elle, et pleure ses espoirs déçus, cette vit dont elle a tant rêvé et ne pourra pas lui offrir » 5

Puis émerge la colère, une émotion énergisante qui marque un tournant (voir mon article sur la colère) :

« Smita laisse éclater sa colère »6

Enfin, la détermination émerge :

« Pour elle-même, elle a accepté ce sort comme une cruelle fatalité. Mais il n’auront pas sa fille. […] Sa révolte est silencieuse, inaudible, presque invisible. Mais elle est là. » 7

Faire sa part ou la métaphore du colibri

La légende du colibri est également une puissante métaphore que j’aime beaucoup utiliser pour surmonter l’impuissance face aux grands défis de la vie. Dans cette histoire, un incendie ravage la forêt amazonienne. Tandis que les animaux regardent, terrifiés et paralysés, un petit colibri agit : il transporte goutte après goutte depuis la rivière pour tenter d’éteindre le feu. Quand on lui demande pourquoi, il répond simplement :

« Je fais ma part. »

Ce récit nous rappelle que nous n’avons pas à résoudre seul·e·s les problèmes du monde, mais que chaque action, aussi petite soit-elle, compte. En adoptant cet état d’esprit :

1️⃣ On reprend du pouvoir. Se concentrer sur ce qu’on peut faire ici et maintenant, plutôt que sur ce qui nous dépasse, redonne un sens à l’action.

2️⃣ On inspire les autres. À l’instar du colibri, une petite initiative peut enclencher un changement collectif.

3️⃣ On agit avec énergie. Ce n’est pas la taille de l’action qui importe, mais la détermination avec laquelle on la mène.

Neuf mois après la naissance de ma fille, j’ai décidé de faire don de mes cheveux à une association qui soutient les personnes confrontées à la perte de cheveux liée aux traitements contre le cancer. Je n’ai certes pas trouvé un traitement contre le cancer, mais j’ai fait ma part…

✅ Demander de l’aide

Un dernier antidote, ajouté grâce à une discussion en classe avec mes élèves : demander de l’aide. C’est Charly, l’un de mes élèves, qui a partagé cette idée lumineuse. Il a souligné combien le simple fait de demander à quelqu’un·e de nous accompagner, même symboliquement, peut alléger le poids de l’impuissance et ouvrir la voie à des solutions ou simplement à un réconfort moral.

Je dois reconnaître que cette piste ne m’était pas venue à l’esprit, habituée que je suis à être dans l’action et à soutenir les autres sans penser à solliciter de l’aide moi-même. Cet échange m’a permis d’enrichir cet article en intégrant ce point précieux. Cela illustre à quel point les discussions, en classe comme ici, donnent vie à ce fil rouge des émotions.

🔍 Dans les coulisses de cet article : la leçon inattendue d’un chien et d’une ronce


Un matin d’été, à 6h30, la lumière douce de l’aube baignait les champs voisins, et je profitais de la fraîcheur pour marcher. Tout à coup, un grand chien blanc apparut, une longue ronce accrochée à son dos, l’entravant dans ses mouvements. Mon premier réflexe fut de vouloir l’aider. J’essayai de m’approcher doucement pour retirer la ronce, mais chaque fois que je m’avançais, le chien s’éloignait, méfiant. Je me suis accroupie, lui parlant d’une voix douce, espérant gagner sa confiance. Lorsqu’il s’approcha finalement suffisamment pour que je tente de toucher la ronce, les piquants se plantèrent dans mes doigts, me forçant à lâcher prise. Le chien s’éloigna alors, toujours empêtré. Je l’ai regardé partir, incapable de le libérer. Cette scène m’a laissée avec un sentiment profond d’impuissance. Malgré toute ma bonne volonté, je n’avais rien pu faire pour l’aider.

En y réfléchissant, j’ai compris que cette expérience m’offrait une leçon précieuse : accepter mon incapacité à tout résoudre. Il faut respecter les limites de l’autre – qu’il soit humain ou animal – et reconnaître que parfois, l’aide ne peut être donnée que si elle est accueillie et désirée. Parfois, vouloir trop en faire peut même aggraver les choses. Par exemple, en tentant de retirer la ronce, j’aurais pu blesser le chien.

Cette expérience m’a appris que l’impuissance fait aussi partie du processus d’apprendre à accepter ce que l’on ne peut pas changer, et que la véritable aide réside parfois dans la patience et l’empathie, plutôt que dans l’action immédiate.

📚 L’impuissance à travers les âges, entre histoire, littérature et sciences

🧐 Étymologie du mot impuissance

Comme je l’ai expliqué dans mon article sur la colère et celui sur la tristesse, l’expression des émotions est souvent marquée par des stéréotypes genrés dans la langue française. C’est la cas pour le mot puissance.

Ce mot dérive du latin potentia, qui signifie « capacité » ou « pouvoir ». Son opposé, impuissance, provient de impotentia, un terme qui, selon le dictionnaire Gaffiot, peut également porter une connotation négative, associée à la « faiblesse ». En outre, impotentia peut désigner un manque de maîtrise de soi, comme le montre l’expression impotentia animi (Cicéron, Tusculanes), qui fait référence à un emportement ou une agitation de l’âme. Des auteurs latins comme Tite-Live et Tacite associent impotentia muliebris à une prétendue « incapacité des femmes à se maîtriser », décrivant un caractère passionné ou excessif.

Ces usages révèlent que, dans la civilisation gréco-romaine, la puissance était associée à la force, à l’action et, par extension, au masculin, tandis que l’impuissance se voyait attribuée des connotations négatives associées à la féminité. Évidemment, cette vision est à la fois réductrice et sexiste ! Il suffit de penser à l’expérience de l’accouchement, véritable symbole de puissance vitale et créatrice féminine, pour comprendre à quel point ces représentations sont stéréotypées…

📜 Citation

« C’est donc vrai. Le papa a eu une accident la veille, pendant sa tournée. […] Il est entre la vie et la mort à présent, à l’hôpital Francesco Saverio. Les médecins refusent de se prononcer. Il faut se préparer au pire, ont-il dit à la mamma.

Le pire, Giulia ne peut l’envisager. Un père ça ne meurt pas, un père c’est éternel, c’est un roc, un pilier, surtout le sien. […] lui, son père, son père adoré, ne peut pas s’en aller. Pas maintenant. Pas comme ça. » 8

Cet extrait a résonné puissamment en moi, faisant rejaillir dans ma mémoire un moment marquant de ma vie : celui où j’ai appris que mon père était atteint d’un cancer incurable. Comme Giulia, je n’arrivais pas à envisager cette fragilité soudaine d’une figure que je croyais inébranlable.

Lorsque la nouvelle m’a frappée, j’ai réagi avec un mélange de déni et d’espoir irréaliste. Et puis, on m’a rappelé la réalité : on ne pouvait que gagner du temps. Le cancer, implacable, ferait son œuvre. Quelle impuissance !

Dans cette quête désespérée d’être utile, j’ai cherché des solutions : j’ai demandé, dans mon ignorance, si je ne pouvais pas lui offrir un poumon. Je voulais tellement agir pour contrer cette douleur ! Mais, comme Giulia, j’ai compris que, même si nous ne pouvons pas sauver celles et ceux que nous aimons, nous pouvons être là pour elles·eux. Non pas comme des héroïnes·héros ou des sauveuses·euses, mais comme des présences aimantes et ancrées, ce soutien dans la vulnérabilité devenant une manière de leur témoigner un amour inconditionnel.

🔬 Une perspective scientifique

L’expérience de l’impuissance est douloureuse

L’expérience de l’impuissance, notamment l’impuissance apprise, peut être extrêmement douloureuse et avoir un impact profond sur le bien-être psychologique, en particulier en favorisant des symptômes de dépression. Des recherches ont montré que cette perte de contrôle et cette résignation peuvent se transformer en un sentiment de désespoir, comme le souligne la théorie de l’impuissance apprise de Seligman. La reconnaissance de cette impuissance et son acceptation peuvent cependant ouvrir la voie à des stratégies thérapeutiques. En modifiant la perception des individus quant à leurs capacités et en les encourageant à se concentrer davantage sur l’effort que sur les résultats, il est possible de réduire les effets négatifs de ce phénomène.9

Les pièges de l’impuissance acquise

Les recherches menées par Carol Dweck et Carol Diener ont également démontré l’impact des premières expériences d’échec ou de succès sur la persévérance. Dans leur étude, des enfants confrontés à des tâches très difficiles dès le départ ont rapidement abandonné, même lorsque des exercices plus simples leur étaient proposés ensuite. En revanche, ceux qui ont commencé par des tâches accessibles ont su persévérer, même face à des défis plus complexes. Cette étude met en évidence l’importance de l’ordre des défis dans la construction de la motivation. Dweck distingue deux types d’enfants : ceux dits « impuissants », qui se focalisent sur leurs échecs et attribuent leurs difficultés à un manque de compétences, et ceux « orientés vers la maîtrise », qui considèrent les échecs comme des occasions d’apprentissage et ajustent leur approche. Ces derniers voient l’effort comme le facteur clé de la réussite.10

🛠️ Guide d’application : choisissez votre antidote !

Est-ce que l’une des antidotes que je vous ai proposées vous a parlé ? Voici un rappel de ces antidotes :

  1. L’acceptation. Accepter que certaines choses échappent à notre contrôle, et reconnaître qu’il n’est pas toujours nécessaire d’agir, mais plutôt d’être présent·e pour l’autre et / ou pour soi.
  2. La présence. Être là, dans l’instant, sans chercher à résoudre immédiatement, mais simplement à offrir une écoute attentive et sincère.
  3. Faire sa part. Même dans les moments d’impuissance, se rappeler que chaque petite action compte. Vous n’avez pas à tout résoudre, mais à contribuer à votre manière, à votre échelle, sans vous laisser écraser par la grandeur des enjeux.

Vos idées

Je serais ravie de connaître vos réflexions sur ces antidotes. Comment réagissez-vous dans des moments où vous vous sentez impuissant·e émotionnellement ? Quelles stratégies mettez-vous en place pour faire face à cette sensation de ne rien pouvoir faire, et comment offrez-vous un soutien efficace à ceux qui en ont besoin autour de vous ?

✍️ Partagez vos réflexions ou vos propres méthodes dans les commentaires, et ensemble, explorons davantage d’antidotes pour gérer cette sensation d’impuissance.

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  1. La tresse, Laetita Colombani, Éditions Grasset & Fasquelle, 2017, pages 15-16. ↩︎
  2. Ibidem, page 218. ↩︎
  3. Ibidem, page 124. ↩︎
  4. Ibidem, pages 17-18. ↩︎
  5. Ibidem, page 69. ↩︎
  6. Ibidem, page 69. ↩︎
  7. Ibidem, page 73. ↩︎
  8. Ibidem, page 50. ↩︎
  9. Greene S. M. (1989). The relationship between depression and hopelessness. Implications for current theories of depression. The British journal of psychiatry : the journal of mental science154, 650–659. https://doi.org/10.1192/bjp.154.5.650 ↩︎
  10. Diener, C. I., & Dweck, C. S. (1978). An analysis of learned helplessness: Continuous changes in performance, strategy, and achievement cognitions following failure. Journal of Personality and Social Psychology, 36(5), 451–462. https://doi.org/10.1037/0022-3514.36.5.451 ↩︎
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Évaluation de l'article

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43 Commentaires
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Miren
1 année il y a

C’est vraiment avec grand plaisir que je suis ton fil rouge semaine après semaine. Tes articles sont toujours complets et intéressants. Mais cette semaine en particulier, avec la tresse, cela résonne particulièrement car ce livre m’a vraiment beaucoup touchée. Bravo, et à la semaine prochaine !

Jackie
1 année il y a

J’aime beaucoup l’histoire du colibri que j’adore raconter. Elle est simple et belle. Quoi que les autres fassent ou pas, moi, je fais ma part… Merci d’en avoir parlé.

Pascal Quionquion
1 année il y a

J’aime aussi l’image de la vague et du bateau. Je trouve qu’elle soutient très bien ce qui se passe en nous dans ce sentiment d’émotion forte qu’est l’impuissance.
Je trouve ton article intéressant en plus de me sentir invité à cheminer en moi.
Merci pour ce partage

Rémi Bonnet
1 année il y a

Ton article sur l’impuissance est très touchant.
J’aime comment tu partages tes émotions et l’importance de l’écriture pour les exprimer.
Les antidotes comme l’acceptation et la présence sont des conseils précieux.
L’histoire du colibri m’a particulièrement marquée, montrant que parfois, accepter nos limites est la vraie aide.
Merci pour ce beau partage 🙂

Lauryn Dalmas
Lauryn Dalmas
1 année il y a

Merci beaucoup pour ce nouvel article, madame. Il m’a beaucoup touchée je l’ai beaucoup aimé.
Merci encore. ☺️

Léa Polo
Léa Polo
1 année il y a

Bonjour j ai adoré cet article, plus particulièrement l’échelle des émotions que j’ai adorée. Il était très intéressant.

Mathilde
Mathilde
1 année il y a

La présence est sûrement le plus précieux à mes yeux. Il permet se se sentir moins seule et donc d’accepter.
Je dirais même que la présence ressource à tous les niveaux.
J’ai l’image d’un puit : même si je suis au fond, si je vois un visage bienveillant en haut, je sais que d’une manière ou d’une autre j’arriverai à en sortir.
Merci d’être ce visage présent et bienveillant ❤️

Perrine
Perrine
1 année il y a

Chère madame Novaretti, la lecture de cette article a suscité tellement de questions … accepter l’impuissance, c’est accepter la frustration de ne pas maîtriser une situation.
Me concernant, il est sûrement le sentiment le plus difficile à nommer. Cela provoque une douleur terrible qui, comme vous l’exprimez si bien, me vide de mon énergie. Dans une société où le lâcher-prise a peu de place, il est quasiment inconcevable d’accepter l’impuissance et pourtant…
Le concept de « faire sa part » m’inspire et pourrait m’aider à accueillir cette émotion non plus comme un échec mais comme une leçon de vie.
Bravo pour cette superbe analyse… je ne me lasse pas de vous lire 😊

Maryse
Maryse
1 année il y a

Merci ma courageuse
Tatie

Carine
Carine
1 année il y a

Bonjour,
J’aime toujours autant vous lire. Chapeau pour ce nouvel épisode et quel sujet !
Bravo et merci aussi pour ces belles illustrations (où chacun a « pris sa part ») qui enrichissent vos écrits.
Carine

Anya
Anya
1 année il y a

Bonjour madame,
Cet article est génial, j’adore l’image du colibri « faire sa part ».
Merci beaucoup pour les antidotes à l’impuissance, on ne sait pas toujours comment réagir face à cette émotion, alors merci.

Estelle Piazza
1 année il y a

Très chère Lison,
C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai lu votre article sur l’impuissance hier soir. Et non sans émotion, car votre histoire a fort raisonné avec la mienne (j’ai perdu mon papa il y a maintenant 17 ans d’un cancer au poumon (il est parti en 1 mois😢)
Je connais donc bien ce sentiment d’impuissance face à la perte d’un etre cher, d’un pilier, qu’on croit qu’il sera toujours là et tout d’un coup le monde s’effondre…et puis il y a une sorte de renaissance avec le temps, un chemin, un parcours et d’autres merveilles qu’on n’imaginait pas s’offrent à nous…Finalement perdre nous fait gagner autre chose….
J’ai ce soir regardé le film la tresse, quelle merveille 🙏, toutes ces femmes courageuses ! ce film m’a bouleversé et m’encourage à faire ma part en accompagnant du mieux que je peux les enfants à croire en eux 💕
Un grand merci pour vos partages qui sont une véritable source d’inspiration et à très bientôt ☺️

Estelle Piazza
1 année il y a
Répondre à  Lison Novaretti

🙏💖

Clara Tcherevatchenkoff
Clara Tcherevatchenkoff
1 année il y a

Bonjour,
J’ai adoré votre article. Il m’a touché,j’ai adoré l’échelle des émotions. Merci madame de nous faire des articles comme ça. 😁❤️

Hayden-Marley
Hayden-Marley
1 année il y a

Bonjour madame,
J’ai apprécié cet article.

Marius Chante
Marius Chante
1 année il y a

J’ai adoré cette métaphore du colibri qui « fait sa part ».
Merci à votre fils pour son échelle des émotions.

Mahé
Mahé
1 année il y a

Bonjour, madame
J’ai aimé la métaphore du colibri et je pense que c’est totalement vrai, merci beaucoup pour l’article.

Charly JM
Charly JM
1 année il y a

Bonjour madame,
Cet article est très instructif, j’adore l’échelle des émotions.
J’aime aussi l’image du colibri.
Votre article est trop bien ! 😊

Riyad
Riyad
1 année il y a

Bonjour Madame,
J’ai vraiment aimé l’article. J’ai bien aimé le passage avec le chien car j’aurais fait la même chose 😃

Aliyah
Aliyah
1 année il y a

Bonjour madame,
J’ai adoré l’histoire « La tresse », j’ai très envie de connaître toute l’histoire et j’ai aussi aimé l’histoire du chien, même si à la fin il est parti 🤗

Lison Novaretti
Lison Novaretti
1 année il y a
Répondre à  Aliyah

Bonjour Aliyah,
Merci beaucoup pour ton retour ! Je suis ravie que l’histoire La Tresse t’ait autant plu, c’est vraiment un roman très inspirant qui mérite d’être lu en entier.
Continue de partager tes impressions, c’est un vrai plaisir de te lire ! ☺️

Milan Giovannetti
Milan Giovannetti
1 année il y a

J’ai beaucoup aimé cet article et j’ai des tas d’exemples sur l’impuissance.

Nadir
Nadir
1 année il y a

Bonjour,
J’ai bien aimé l’article sur l’impuissance,très intéressante l’histoire du chien.

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